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Cet atroce conflit s’inscrira en énormes lettres
rouges dans le guinness de la honte et les
porte-étendards de la soi-disant « communauté
internationale » de ce début de millénaire
figureront au palmarès de l’indignité, entre
deux Nobels de la Paix. Ces gens sans foi ni loi
ni vergogne, qui n’ont d’autre horizon que celui
de leur improbable élection, s’en moquent
éperdument, mais c’est dans les poubelles de
l’Histoire que l’on retrouvera trace de leur
mémoire.
La tragédie de Syrie est entrée dans sa septième
année. Incrustée dans l’actualité, elle fait
partie du paysage. Mais ses 400 000 morts, ses 2
millions de blessés ou d’handicapés, ses 14 ou
15 millions de réfugiés, déplacés ou exilés, son
territoire dévasté à plus de 60% et son économie
ruinée par les pillages, les sanctions, les
embargos, ne suscitent pas d’émotion permanente.
En effet, vus de nos « grandes
démocraties » dont les langues sont mondiales,
les valeurs universelles, la vocation planétaire
et les deuils transnationaux, et qui se
considèrent comme l’essence de l’humanité ou le
nec plus ultra de sa conscience, les conflits de
l’Orient compliqué sont lassants quand ils ne
sont pas franchement hermétiques.
Pour aviver la flamme de la compassion, il
faut l’un de ces énormes mensonges dont se
gavent intellectuels, médias et politiques de
l’Occident bien-pensant. Quinze ans après
l’Irak, le truc des gaz chimiques marche
toujours très fort : Colin Powell, l’entubeur de
2003, doit être content…Le camp de la guerre
et ses fourriers, y compris les escrocs de
l’humanitaire, sont en tout cas ravis. Jamais
deux sans trois : 2003, 2013, 2017. La
manipulation, le « false flag » paraissent
encore efficaces…
Nos « élites » délitées ont réussi ce tour de
force d’ancrer notre pays en première ligne en
Libye, puis en Syrie, aux côtés des islamistes,
des terroristes et des faucons atlantistes du
parti de la guerre, sans demander l’avis des
Français, parvenant même, à force de matraquage
médiatique, à recueillir l’adhésion de
certains pans de l’opinion. La douce France
est repartie de plus belle dans ses tristes
épopées coloniales. Vive le Père
Bugeaud, vive François Georges Picot et ses
accords en douce, vive Jules Ferry et la foutue
mission civilisatrice, vive le Mollet à la
triste figure, et les va-t-en-guerre actuels.
Nos intellectuels qui rêvent d’en découdre
avec la Syrie légale, cet État rebelle qui ose
tenir tête à l’Occident, nos médias qui
dissertent jusqu’à plus soif sur l’urgence de
bombarder Damas ou « Bachar », nos politiques
suspendus comme des désespérés aux mamelles de
l’atlantisme et de ses succursales, peuvent se
rassurer. En se donnant un
Président « imprévisible » qui se disait
non-interventionniste, sinon pacifiste, leur
maître américain leur avait donné des frayeurs.
Élu du « pays profond », Trump n’aura pas
résisté longtemps aux pulsions de « l’État
profond »: voilà un président qui bombarde comme
les autres…Ouf…
Cet atroce conflit s’inscrira en énormes lettres
rouges dans le guinness de la honte et les
porte-étendards de la soi-disant « communauté
internationale » de ce début de
millénaire figureront au palmarès de
l’indignité, entre deux Nobels de la Paix. Ces
gens sans foi ni loi ni vergogne, qui n’ont
d’autre horizon que celui de leur improbable
élection, s’en moquent éperdument, mais c’est
dans les poubelles de l’Histoire que l’on
retrouvera trace de leur mémoire.
La tragédie syrienne est l’épicentre de la
confrontation qui menace la paix du monde. Au
lieu de disserter sur les subtilités de la
politique US, les angoisses de l’Occident
hypocrite et les martiales déclarations de nos
piètres dirigeants, il serait sage de chercher
les racines du mal là où elles sont de toute
évidence : c’est la débâcle du droit
international sous les coups de
boutoir prodigués depuis un quart de siècle
par l’Occident arrogant, dominateur et sûr de
lui, qui a débouché sur ce monde chaotique,
immoral et dangereux dans lequel nous vivons
désormais, ce monde que nous risquons
de léguer à nos enfants.
Le moment unipolaire américain (1991/2011) a
permis à« l’Empire le plus puissant ayant jamais
existé à la surface de la Terre » de détruire
les bases de la légalité internationale en
établissant le nouvel ordre mondial voulu par
les faucons de Washington. Ce qui se traduira en
un temps record par l’abandon des principes
fondamentaux de la Charte des Nations Unies :
souveraineté, non-ingérence, droit des peuples à
l’autodétermination, droit de tout État à
choisir librement son régime politique hors de
toute ingérence étrangère, obligation de
négocier en cas de conflit avant de recourir à
l’usage ou à la menace d’usage de la force. La
« communauté internationale » atlantique
trouvera sa lampe d’Aladin dans un concept
miraculeux, la Responsabilité de Protéger (R2P),
version relookée du droit d’ingérence à
connotation trop colonialiste. Les Nations-Unies
seront instrumentalisées, voire ignorées lorsque
le moteur unipolaire connaîtra ses premiers
ratés : on fera grand cas des délibérations
du Conseil de Sécurité lorsqu’il dit
« oui-oui-oui », mais on passera outre lorsqu’il
dit non.
Confrontés à des États qualifiés de « voyous »,
souvent arabo-musulmans, ou perçus
comme crypto-voyous comme la Chine et la
Russie, l’Amérique et ses alliés s’érigeront en
« communauté internationale », centre
« civilisé » du nouvel ordre mondial. En fait,
c’est la loi de la jungle qui s’installera sur
les ruines de la légalité internationale, le
monde extra-atlantique voyant son statut réduit
à celui d’une zone de non-droit. Sur leur vaste
terrain d’aventure, les néocons joueront au
« chaos créateur » et s’amuseront à terroriser
les « ennemis » selon les recettes de la
« théorie du fou » de Nixon (l’Amérique doit
projeter l’impression que ses dirigeants sont
imprévisibles). Les résultats seront
impressionnants, non pas bien sûr en termes de
« démocratisation », mais en ce qui concerne
la mise au pas voire la destruction des États
républicains, séculiers (« laïcs ») et
nationalistes.
La guerre qui fait rage actuellement en Syrie
est bien universelle, tant sont nombreux et
divers les acteurs, les enjeux, les
arrière-pensées, les intérêts. Pourtant, ce
n’est pas une confrontation
classique : officiellement on ne peut parler
d’un état de guerre, puisque personne n’a
déclaré la guerre à la Syrie, comme le
voudraient les normes des lois de la guerre
et/ou les pratiques diplomatiques.
A Moscou, on évoque « les États qui se sont
fourvoyés dans le soutien du terrorisme,
continuent de le faire et méritent d’être jugés
par un tribunal international similaire à celui
qui a jugé le nazisme ». Or la Syrie est depuis
le printemps 2011 la victime d’une « guerre
d’agression », la sorte de guerre qualifiée dans
un autrefois de nuit et de brouillard par le
Tribunal de Nuremberg de « crime international
suprême » :« lancer une guerre d’agression n’est
pas seulement un crime international ; c’est le
crime international suprême, ne différant des
autres crimes de guerre que parce qu’il contient
en lui-même le mal accumulé de tous les autres»
C’est le crime par excellence. Et dans le cas
d’espèce, un crime avec
préméditation, planifié par les « stratèges ».
Comme l’Irak, la Libye, la Somalie, la
Palestine, etc…la Syrie est l’objet d’une
tentative de « politicide », qui est à l’égard
d’un État ce qu’un meurtre est à l’encontre d’un
être humain, les institutions, l’administration,
la souveraineté, l’intégrité, les autorités
politiques, les marques emblématiques ou
régaliennes, les forces armées, les ressources,
les bases, les infrastructures de
l’économie, l’identité du dit État étant ciblées
individuellement et dans leur ensemble.
Les opérations peuvent se décliner en
démantèlement, partition, dépeçage de
l’État-nation. Les attaques s’exercent tous
azimuts : politiques (déstabilisation,
changement de
régime),humanitaires(Responsabilité de Protéger,
projets de zone d’exclusion, de corridors),
militaires (frappes, bombardements,
provocations, agressions, coups de
main),psychologiques et médiatiques (mensonge,
manipulation, « faux pavillon », intoxication,
lavage de cerveaux).
Dans le même temps, le peuple syrien est la
cible d’un« ethnocide », terme qualifiant
l’entreprise de déconstruction et de
désintégration qui le vise. L’objectif global
est de briser sa cohésion, qui n’est pas le
produit des trente ans de mandat français, ni
même des quatre siècles d’Empire ottoman, mais
le résultat d’une histoire plurimillénaire,
par-delà même la venue du christianisme et de
l’islam.
Les sanctions sont autant d’armes de destruction
massive qui visent à ébranler une société
civilisée et industrieuse. Tous les moyens
sont d’ailleurs utilisés : il
faut pousser les Syriens à fuir leur pays,
contraindre les minorités à l’exode, provoquer
une hémorragie des élites, afin d’empêcher
toute reconstruction ultérieure du tissu
national.
La« mise à mort du peuple syrien » et la
destruction de la Syrie, « mère de notre
civilisation » et « seconde patrie de tout homme
civilisé » sont bien partie intégrante du crime
par excellence.
Finalement, il convient d’appeler les choses par
leur nom : les agresseurs de la Syrie légale,
qui agissent en violation du droit
international sont des voyous et des criminels.
Ce sont en outre des menteurs effrontés,
indignes de gouverner ou de prétendre
gouverner. Les frappes sur la base d’Al
Chuairat ne constituent pas un « message
fort » de Washington, comme le dit tel ou
tel esthète, mais un crime supplémentaire.
Il est temps que la « Grande Nation » se
réveille et que des dirigeants plus
dignes reprennent en main son destin politique,
son indépendance, que la France renoue
avec l’exception qui faisait notre fierté. Il
est temps que ses intellectuels renouent avec la
tradition de leurs grands ancêtres. Il est
temps, il est même urgent de redresser la barre
de cette embarcation folle et déboussolée qu’est
devenue la France, tant sont grands et
impitoyables les périls de notre monde.
Source : Afrique-asie.fr,
10-04-2017
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