|
La liberté
académique est attaquée à l’université de Californie. Je fais
l’objet d’une enquête par l’université – et je risque
probablement des sanctions – à cause de ma condamnation verbale
de l’invasion israélienne de Gaza qui a duré presque un mois en
décembre dernier.
Cette campagne
contre la liberté académique n’est pas uniquement une tentative
de me punir. Elle vise, bien plus, à créer une atmosphère de
peur et d’intimidation dans laquelle toute critique de la
politique d’Israël fera l’objet de sanctions et de censure.
Cependant, le
silence face à l’injustice sociale est une complicité dans cette
injustice, le 19 janvier dernier était l’anniversaire de la
naissance de Martin Luther King, Jr.
Nous avons déjà
suivi, avec une horreur croissante, le siège de Gaza qui a duré
un mois – la destruction des mosquées, des écoles, des hôpitaux,
des sites d’approvisionnement des Nations Unies, des entrepôts
alimentaires, la démolition des infrastructures civiles, le
ciblage scandaleux des civils et l’utilisation du phosphore
blanc contre eux.
Ce matin, j’ai
noté quelques-uns des discours de King prononcés peu avant sa
mort. Ceci inclut sa célèbre condamnation de la guerre des USA
contre le Vietnam. Dans ce discours, il a expliqué que des
personnes l’avaient prévenu que s’il se prononçait contre la
guerre, il risquerait de perdre le soutien de certains secteurs
de la coalition des libertés civiles.
Sa réponse était
sans équivoque : vous ne pouvez pas vous prononcer contre une
injustice mais pas contre une autre a-t-il dit. Vous ne pouvez
pas faire de compromis avec les principes fondamentaux, tels que
la justice, la vérité et la solidarité avec tous les peuples
opprimés et maltraités.
Cette après-midi,
comme je me préparais à donner mon cours du soir à l’université
de Californie à Santa Barbara, cours sur la sociologie de la
globalisation, j’ai pris deux nouveaux sujets à partir de la
presse électronique pour être discutés en classe, avec mes
commentaires.
Ce que je fais
chaque semaine dans ma classe. Chaque semaine, je sélectionne
plusieurs nouveaux articles à partir de la presse internationale
et les distribue à mes étudiants, parfois avec mes propres
commentaires, de manière à lancer un débat sur les événements
contemporains globaux ainsi que sur les sujets à polémique.
Un des sujets
était un article écrit par une journaliste juive américaine,
Judith Stone, revenue récemment des territoires occupés. Son
article était une critique de l’occupation, il a été publié dans
la revue « Kansas City Jewish Chronicle ». Le lendemain de sa
publication, l’éditrice Debbie Ducro, une autre juive
américaine, a rapidement été licenciée par les éditeurs de la
revue pour avoir publié l’article.
Le second sujet
de discussion de la classe concernait un photoreportage public
qui circulait depuis des semaines. Ce photoreportage était une
juxtaposition des atrocités nazies commises contre les juifs
pendant la seconde guerre mondiale avec les atrocités
israéliennes commises contre les Palestiniens à Gaza.
J’ai présenté ces
sujets avec un commentaire personnel que je voudrais vous lire
maintenant avec un peu plus de passion et de conviction que
lorsque je l’avais écrit :
Si Martin Luther
King, Jr., était vivant le 19 janvier 2009, il n’y a aucun doute
qu’il aurait condamné l’agression israélienne contre Gaza tout
autant que le soutien politique et militaire américain pour les
crimes de guerre israéliens ; ou encore, il se serait tenu côte
à côte avec les Palestiniens. Je vous présente en parallèle
quelques horribles images des atrocités nazies commises contre
les Juifs avec celles des atrocités commises par les Israéliens
contre les Palestiniens. Peut-être les plus effrayantes ne sont
pas celles qui fournissent une représentation graphique du
carnage mais celles qui montrent des enfants israéliens écrivant
les mots « avec amour » sur une bombe qui mettra en pièces un
enfant palestinien.
Gaza est le
Varsovie d’Israël – un vaste camp de concentration, où les
Palestiniens ont été confinés par l’état de siège, soumis à une
mort lente par malnutrition, maladie et désespoir, presque 2 ans
avant de subir une mort rapide sous les bombes israéliennes.
Nous sommes témoins d’un processus de génocide au ralenti –
défini par le « Webster’s dictionnary » comme « un assassinat
systématique, ou un plan d’actions avec l’intention de tuer une
nation entière ou un groupe ethnique » - un processus dont
l’objectif n’est pas tant d’éliminer physiquement tout ou chaque
Palestinien que d’éliminer les Palestiniens en tant que peuple
dans le sens de son aspiration à constituer un peuple.
L’armée
israélienne est la cinquième plus puissante machine militaire
dans le monde, elle est soutenue par une machine de propagande
qui rivalise et peut même surpasser celle des USA, une machine
qui ose prétendre de façon grotesque et odieuse que l’opposition
à la politique et aux pratiques d’Israël constitue un acte
d’antisémitisme. Il ne devrait pas nous surprendre que cet état
fondé sur la négation d’un peuple fut l’un des principaux
soutiens du système d’apartheid en Afrique du sud, sans parler
des dictatures militaires d’Amérique Latine jusqu’à leur
effondrement suite aux protestations de leurs masses
populaires ; et aujourd’hui, il arme, forme et conseille les
forces militaires et paramilitaires en Colombie, l’une des pires
régions du monde en matière de violation des droits
humanitaires.
Alors, que
s’est-il passé une fois que j’ai distribué ce matériel de
travail en classe ?
Deux étudiants
sur les 80 inscrits au cours, et que je ne connais pas
personnellement, ont été offusqués par les photos et ont quitté
la classe.
C’était le 19
janvier. Le 9 février, la ligue anti-diffamation, ou ADL, m’a
envoyé un courrier de protestation avec des copies au président
de l’université de Californie, au chancelier du campus de Santa
Barbara et à d’autres fonctionnaires de l’université.
Dix jours plus
tard, le 19 février, les 2 étudiants ont présenté à
l’université, leurs griefs contre moi. Ils ont manifestement
pris modèle sur le courrier de l’ADL pour écrire leurs lettres
qui ont été postées sur le blog
WWW.SB4AF.WORDPRESS.COM.
Il a été révélé
par la suite que depuis le début, les deux étudiants ont été
conseillés par l’ADL, Hillel, « Stand with us », le « Simon
Weisenthal center » et autres groupes du lobby israélien.
Ensuite, le 9
mars, le directeur de l’ADL, Abraham Foxmen, s’envola de
Washington vers Santa Barbara pour rencontrer 9 à 10 membres de
la faculté ainsi que deux doyens. Certaines des personnes
présentées ont été amenées à croire que la réunion concernait le
programme des études juives du campus. Mais Foxmen a commencé la
réunion par un unique sujet de l’agenda – ma poursuite – un
point de l’agenda qui a alors été discuté durant une heure.
C’était le 9
mars. Deux semaines plus tard, le 25 mars, l’université a décidé
d’enquêter sur moi sur de possibles violations du code de
conduite de la faculté.
Comme vous pouvez
le voir à partir des dates de ces événements, depuis le début,
des groupes extérieurs appartenant au lobby israélien ont fait
pression sur l’université, suite à cela l’université a décidé de
prendre des mesures à mon encontre.
Durant les deux
dernières semaines de nouveaux détails, concernant cette
campagne politique entreprise contre ma personne par ces groupes
à l’idéologie extrémiste et possédant un agenda politique, ont
été révélés.
Par exemple, l’un
des membres du conseil d’administration du groupe « Stand with
us », avait semble-t-il, rencontré le chancelier à la mi-mars –
avant les charges portées contre moi. Selon le site web de
« stand wih us, il avait prévenu le chancelier que les
fondateurs pouvaient retirer leur soutien à l’université et lui
avait réclamé d’enquêter sur moi.
De plus, il a été
reporté que différents groupes du lobby pro-Israël avaient
rencontré d’autres fonctionnaires de l’université avant de
prendre la décision de porter des accusations contre moi.
Vous trouverez
toutes ces informations et tous les documents originaux sur le
blog que j’ai mentionné.
Et quelles sont
ces charges portées contre moi? Elles sont au nombre de deux :
La première
accusation est que je suis un antisémite. La déclaration que la
condamnation de la politique et des pratiques de l’état d’Israël
équivaut à un acte d’antisémitisme est une tentative odieuse
pour étouffer ma critique d’Israël. Il n’y a pas plus de mérite
à déclarer que la critique du gouvernement iranien est
islamophobe, ou que la critique du gouvernement zimbabwéen est
un racisme anti-noirs et ainsi de suite.
Il s’agit d’un
vicieux stratagème politique, dont l’intention est de détourner
la critique de la politique et des pratiques de l’État
israélien, et il devrait être dévoilé et dénoncé en tant que
tel.
La seconde
accusation portée contre moi est que j’aurais introduit dans mon
cours un sujet qui n’avait aucune « relation substantielle »
avec mon cours. Le fait que l’invasion israélienne de Gaza
serait sans relation avec un cours portant sur les affaires du
monde contemporain est au-delà ma compréhension.
Ce qui se passe
ici est très clair. Je suis tout simplement la dernière victime
de la campagne menée par le lobby israélien et ses bailleurs de
fonds pour harceler, attaquer et réduire au silence les
critiques de la conduite de l’État israélien, y compris le
mépris flagrant de l’État israélien pour le droit international,
son occupation illégale, ses violations des droits de l’homme,
ses crimes de guerre, son nettoyage ethnique et son système
d’apartheid.
Israël peut
gagner les batailles militaires – sachant qu’il s’agit de la
cinquième plus puissante machine militaire dans le monde et qui
bénéficie d’une aide étasunienne annuelle de 3-4 milliards de
dollars. Mais avec l’invasion brutale de Gaza faisant suite à
celle du Liban, Israël a perdu la bataille de la légitimité.
Le directeur du
comité des affaires publiques américano-israéliennes (AIPAC),
Howard Kohr, a reconnu l’érosion de cette légitimité, quand il a
ouvert la conférence annuelle de la convention de l’AIPAC tôt ce
matin. Il a déclaré qu’il y avait une immense et croissante
campagne internationale luttant contre la politique d’Israël :
« Cette
campagne n’est plus confinée aux divagations de la politique
d’extrême gauche ou d’extrême droite »
a-t-il dit, « mais elle entre de façon grandissante dans le
main stream américain »
C’est dans ce
contexte que le lobby israélien renforce ses attaques
malveillantes contre quiconque se prononcerait contre la
politique israélienne. L’année dernière l’ADL a annoncé qu’elle
commencerait à cibler les grandes universités d’État en
commençant par l’université de Californie.
Voilà le contexte
dans lequel cet appareil politique m’a ciblé. Les poursuites que
je subis est une partie d’un plus grand – et bien documenté –
modèle de la répression Maccarthyste, à travers les Etats-Unis
et le Canada, déclenchée contre les campus universitaires,
contre tout enseignant qui ose lancer un débat contre la
politique israélienne et ceux qui pourraient venir appuyer les
droits des Palestiniens.
Ces campagnes
visant à étouffer tout débat constituent une grave attaque
contre la liberté académique, la liberté d’expression et la
démocratie elle-même.
Pourquoi la
liberté académique est si importante ?
La liberté
académique est l’âme de l’université. Toute atteinte à cette
liberté pourrait refroidir l’engagement de la communauté
universitaire dans les débats ouverts et tout échange d’idées
sur les sujets contemporains loin des intimidations et menaces
de sanctions.
La liberté
académique n’est donc pas négociable. Elle englobe, conformément
à la définition présentée par l’association américaine des
professeurs universitaires, entre autre, le droit du corps
enseignant à une totale liberté dans la recherche et la
publication des résultats, à la liberté de discuter en classe
leurs sujets ; le droit d’être à l’abri de la censure
institutionnelle, la discipline ou l’ingérence restrictive de
l’enseignement, la recherche, la parole et la publication, quel
que soit le chemin auquel peut conduire la recherche de la
vérité et de la compréhension.
La liberté
académique est une menace pour le lobby israélien – et, bien
sûr, à tout projet anti-démocratique, despotique ou totalitaire
– précisément parce qu’elle proscrit la censure et interdit
toute tentative de limitation de ce qui est acceptable ou non,
dans la recherche, l’enseignement, les interrogations et les
débats, et précisément, parce que la liberté académique se
nourrit de la controverse et de l’esprit critique.
Il n’y a rien
d’étonnant à ce que la liberté académique ait été retirée en
Allemagne nazie, dans l’apartheid sud-africain, sous les régimes
dictatoriaux d’Amérique latine, dans l’ex-Union soviétique, et
aux Etats-Unis à l’époque du Maccarthysme et à d’autres époques
de notre histoire. Et on n’a certainement pas besoin de se
demander pourquoi la liberté académique constitue une telle
menace pour le lobby israélien et ses soutiens.
Notre mission en
tant qu’éducateurs est d’aider à former des citoyens qui peuvent
réfléchir de façon critique et indépendante sur les questions
brûlantes de notre époque, et qui peuvent participer de façon
sensée et constructive dans la société.
Permettez-moi de
vous lire un passage de la déclaration de l’Association
américaine des professeurs d’université sur la liberté
académique :
C’est une
erreur de supposer que les étudiants ne peuvent admettre que
leurs croyances les plus chères soient contestées. Cette
supposition contredit l’objectif central de l’enseignement
supérieur, lequel invite les étudiants à réfléchir solidement
sur leurs propres vues quelles qu’elles soient. Il ne s’agit ni
de harcèlement ni de discrimination envers l’étudiant quand on
pousse loin la critique de l’idée ou du point de vue qu’il a
avancés.
Les idées
pertinentes concernant un sujet discuté en classe ne peuvent
être censurées sous prétexte qu’un étudiant ayant des croyances
religieuses ou des opinions politiques particulières pourrait
être offensé. L’instruction ne peut avancer dans une atmosphère
de peur qui pourrait se produire quand un enseignant est soumis
à une sanction administrative due à la réaction idiosyncrasique
d’un ou de plusieurs étudiants… La controverse est dans le cœur
même de la libre enquête académique… »
Du début à la
fin, cette attaque contre ma personne constitue une violation
évidente, alarmante et politisée de la liberté académique.
De façon très
simple, deux étudiants ont soumis un grief contre moi auprès de
l’administration universitaire à cause de leur opinion politique
divergente de la mienne et parce que le matériel utilisé pour le
cours en classe était contraire à leurs opinions politiques. Et
il est devenu clair maintenant que ces deux plaignants font
partie du lobby israélien. Ils sont partis directement voir ce
lobby, ensuite la lourde machinerie de sa répression m’est
tombée dessus.
Peut-on vraiment
penser que je ferai aujourd’hui face à de telles charges si
j’avais introduit dans mon cours un matériel de lecture
pro-israélien et que deux de mes étudiants palestiniens avaient
soumis leurs griefs ?
Pire que la
nature politique de ces griefs ou l’ingérence flagrante de
groupes extérieurs extrémistes possédant leur agenda politique
dans les affaires de l’université, est le fait que l’université
se soit fait la complice de tout cela.
Le procès engagé
par l’université contre ma personne a été effectué en violation
systématique des procédures de l’université et en me privant
d’une procédure régulière comme je l’ai raconté sur mon blog
www.sb4af.wordpress.
Soyons clair, en
supprimant la liberté académique, l’université deviendra un camp
d’endoctrinement où la vérité sera assujettie à l’idéologie et
au pouvoir. Voilà la menace à laquelle nous faisons face.
Aujourd’hui, si
l’administration de l’université a agi de manière aussi
répréhensive, et faisant honte à l’université de Californie,
comment les corps enseignants et estudiantins ont-ils alors
réagi ?
Bien, quand ils
ont appris les accusations portées contre moi, les étudiants de
mon campus ont établi un « comité de défense de la liberté
universitaire », ils ont créé également le blog que j’ai
mentionné et qui présentait une pétition.
Beaucoup de
membres du corps enseignant sont pour leur part indignés par
cette attaque contre notre liberté académique et se sont
mobilisés de plusieurs manières pour la défendre.
Le comité de
défense de la liberté académique a reçu des centaines de lettres
de la part de l’université, des associations académiques et du
public du monde entier, exigeant l’abandon des accusations
portées contre moi.
Les membres du
corps des enseignants de mon campus font circuler en ce moment
une pétition qui précise d’une part :
Depuis le 25
février, notre collègue William I. Robinson, professeur de
sociologie, a été l’objet d’une série d’attaques de la part de
deux étudiants et d’un nombre d’individus extérieurs au campus
ce qui représente une grave violation de la liberté académique
et une menace pour l’autonomie de l’université.
Mécontents du
contenu d’un e-mail et de deux articles communiqués par le Prof.
Robinson à sa classe, le 19 janvier et s’opposant à la récente
offensive israélienne contre Gaza, deux étudiants ont déposé une
plainte au sénat pour « inconduite académique » et
« antisémitisme ».
Le 25 février, le
sénat académique de l’UCSB (University of California, Santa
Barbara) a ouvert une enquête officielle concernant ces
allégations. Cette enquête est en cours, elle est connue sur le
plan national et international.
Indépendamment du
bien-fondé de la plainte des étudiants, au cours des quelques
dernières semaines, l’exposition publique de ce cas a mis en
évidence les violations patentes du droit du Prof. Robinson à
une procédure régulière de la part du sénat et ses comités,
violations accompagnées d’informations inquiétantes concernant
des pressions sur l’administration de la part d’organisations
telle que la ligue anti-diffamation (ADL) pour infliger une
sanction au Prof. Robinson et en faire un exemple.
Nous avons appris
que des organisations comme l’ADL avaient organisé une campagne
pour faire pression sur l’administration et le sénat académique
pour faire de ce cas un exemple afin d’éviter toute opposition
verbale contre l’état d’Israël et sa politique.
Cette situation
exige une réponse décisive, publique et rapide par l’UCSB pour
la défense de la légalité et de la liberté académique aussi bien
sur le fond que sur la forme.
Entre-temps, j’ai
reçu plusieurs e-mails et lettres du monde entier. La plus
grande partie de cette correspondance a été dans le but de me
soutenir mais j’ai aussi reçu de nombreux courriers haineux dont
quelques-uns étaient violents et vulgaires.
Il est clair que
faire des comparaisons historiques entre le comportement de
l’état d’Israël et celui de l’État nazi est quelque chose de
très difficile à accepter par les défenseurs d’Israël. Cela
touche évidemment un nerf sensible.
D’une part, comme
a écrit un lecteur du « Los Angeles Times » à propos d’une
interview me concernant dans un courrier qui m’était destiné
ainsi qu’aux éditeurs : « Si vous n’aimez pas la comparaison
avec les nazis alors exhortez Israël à ne plus commettre des
atrocités comme celles commises par les nazis plutôt que de
condamner et ostraciser ceux qui font cette comparaison ».
Voilà, on
n’évoque les nazis que pour montrer des comportements nazis. Ce
qui devrait être évident.
Vu sous cet
angle, il existe un parallèle certain entre le ghetto de
Varsovie et celui de Gaza. Les nazis ont entrepris un transfert
forcé de la population avant de fermer le ghetto en y murant
leurs victimes, contrôlant tout mouvement, les aliments, les
équipements médicaux ou toute autre chose entrant ou sortant du
ghetto, causant ainsi crise humanitaire, maladies et famine, et
répondant avec une force disproportionnée contre le plus petit
signe de résistance dans le ghetto.
Les Israéliens
ont fait de même à Gaza, ils ont transformé un énorme ghetto en
un camp de concentration.
En raison du
blocus israélien de Gaza et de la destruction de son système
d'approvisionnement alimentaire, la malnutrition aiguë dans la
bande de Gaza est du même ordre que celle des nations les plus
pauvres dans le sud du Sahara selon l'Organisation des Nations
Unies. Plus de la moitié des familles palestiniennes ne peuvent
manger qu’un seul repas par jour.
D’autre part, il
est évident que la comparaison entre les atrocités nazies
commises contre les juifs durant la seconde guerre mondiale et
les atrocités israéliennes actuellement commises contre les
Palestiniens n’a pas pour but de suggérer que les Israéliens
sont la réplique des nazis. Les différences sont nombreuses.
Deux événements ou processus historiques ne sont jamais
identiques. Montrer des analogies ou établir des comparaisons
entre des événements ou processus historiques et contemporains
ne vise pas à suggérer qu’ils sont identiques.
De telles
comparaisons constituent plutôt des outils pédagogiques destinés
à dévoiler les modèles du comportement humain – ou plutôt les
mauvais comportements humains – qui peuvent se manifester dans
diverses circonstances historiques ; pour identifier les
conditions structurelles qui peuvent conduire à ces
comportements, et pour méditer sur le passé, de sorte que les
agents collectifs du présent puissent acquérir une plus grande
compréhension de la signification et du sens de ces événements
contemporains qui partagent des caractéristiques similaires avec
ceux du passé; et avec l’espoir de donner suite à cette
compréhension.
Les sionistes et
les défenseurs d’Israël se sentent grandement offensés de tout
rapprochement entre les actions de l’État israélien et celles
des nazis, d’une part, parce que l’holocauste juif est utilisé
par l’État d’Israël et le projet politique sioniste comme un
mécanisme de légitimation, de sorte qu’établir de telles
analogies revient à miner le discours légitimiste israélien.
Il est capital de
souligner que ce discours est arrivé à légitimer, peu à peu, les
projets ou la politique actuelle d’Israël qui montrent de plus
en plus une similarité effrayante avec d’autres cas historiques
de génocides. En fait, ce à quoi nous assistons actuellement,
c’est à un pré-génocide.
Le parti
politique du ministre des affaires étrangères israélien, Avigdor
Lieberman, a proposé récemment une loi visant à écrouer pendant
3 ans toute personne qui commémorerait la « Nakba » (WWW.HAARETZ.COM/HASEN/SPAGES/108588.HTML
).
Cette proposition
provenant d’un parti du gouvernement de coalition israélien
devrait déclencher l’alarme pour avertir l’émergence du
fascisme. Ce projet de loi revient à criminaliser toute action
pour la mémoire, l’identité collective et pour l’expression
culturelle et politique.
Peut-on imaginer
la criminalisation de la commémoration de l’esclavage des noirs,
du génocide des indiens d’Amérique ? Ou de la commémoration
juive de l’holocauste ?
Libermann a
qualifié les Arabes israéliens de « dangereuse cinquième
colonne » et a proposé de les éliminer. Un tel projet raciste de
transfert des populations est par trop similaire aux autres cas
historiques et contemporains de nettoyage ethnique et de
génocide, y compris l’expérience nazie.
Pourtant, les
sondages montrent qu’une majorité d’israéliens - 60 pour cent -
sont aujourd’hui favorables à ces déplacements forcés.
Ceci n’est qu’un
avertissement de plus pour une population qui a souffert du
cauchemar de l’extermination nazie et qui embrasse à son tour
les idées fascistes. Nous voyons ainsi, dans ces évolutions, la
valeur pédagogique des analogies entre des situations
contemporaines et historiques, ainsi que l’impératif éthique
révélé par la comparaison.
La capacité de
commettre des atrocités comme celles de l’holocauste perpétré
par les nazis est en nous tous. C’est pour cette raison que la
condamnation de l’oppression et de la domination ne peut pas
être sélective. Soit nous la condamnons dans chaque cas soit
nous perdons l’autorité morale de la condamner dans tous les
cas.
Si nous
condamnons l’holocauste nazi, nous devons condamner ce que j’ai
décrit comme un génocide au ralenti des palestiniens par les
Israéliens. Le fait que ces 2 événements ne soient pas
identiques est sans rapport avec l’objectif pédagogique de
l’analogie ou avec l’impératif moral qui adhère à la
comparaison.
Le bien connu
historien juif Benny Morris, qui est professeur à l’Université
Ben Gourion dans le Néguev, et qui s’identifie profondément avec
Israël, a donné une longue interview au journal israélien
« Haaretz », publiée le 9 Janvier 2004.
Dans cette
interview, il se réfère au génocide des indiens d’Amérique dans
ce qui est aujourd’hui les Etats-Unis afin de suggérer que le
génocide peut être acceptable. Il a dit :
« Même la grande
démocratie américaine n’aurait jamais été créée sans
l’annihilation des indiens. Il existe des cas où le bien final
justifie des actes durs et cruels commis au cours de
l’histoire »
Ensuite, il a
lancé son appel pour le nettoyage ethnique des palestiniens, en
disant: « une sorte de cage doit être construite pour eux. Je
sais que cela semble terrible. C’est cruel. Mais il n’y a pas
d’autre choix. Il y a un animal sauvage qui doit être enfermé
d’une manière ou d’une autre».
Une telle
déclaration nous pousse à une pause. Nous devons considérer avec
attention ce que Morris est en train de proposer ainsi que le
projet historique au nom duquel il fait une telle proposition.
Cela me conduit à
conclure à une impérieuse mise en garde.
Au-delà la
Palestine et Israël, au-delà l’Université de Californie, nous
sommes au milieu d’une crise globale, la pire crise depuis des
décennies.
Que cette crise
se déroule et nous aurions à affronter un effondrement
écologique qui menace la vie sur la planète, les moyens de la
violence étant les plus grands et les plus destructifs que
l’humanité ait jamais connus.
C’est à
l’occasion des crises comme celle-ci que les tensions politiques
et sociales augmentent et que les projets fascistes et
totalitaires voient le jour.
Il n’existe
qu’une seule façon pour empêcher de tels projets : la justice
sociale. Et la justice sociale exige de dire la vérité au
pouvoir.
Il est temps de
fixer les limites. La seconde guerre mondiale a commencé quand
la démocratie a été renversée en Espagne et que Franco arriva au
pouvoir. Cette guerre nous a conduits à l’holocauste, et ainsi,
à ouvrir la voie au projet sioniste pour qu’il exerce son
hégémonie sur la communauté juive mondiale, en s’alignant sur
les puissances impérialistes victorieuses de la guerre ce qui
nous a apporté, à son tour, la tragédie de la Nakba, de Gaza, de
l’occupation, et maintenant la menace de génocide contre les
Palestiniens.
En s’élevant pour
la justice sociale en Palestine, en défendant la démocratie et
la liberté académique dans les campus universitaires des
Etats-Unis, nous ne faisons que suivre les principes, et les
causes ethniques comme nous l’a rappelé Martin Luther King Jr.
En se dressant
pour ce qui est juste, décent, et humain sans crainte des
sanctions nous pouvons faire face et l’obtenir, nous fermons
également la porte à un avenir probablement plus tragique au 21ème
siècle qu’il ne l’a été dans le passé.
Je vous remercie
* Professeur de
sociologie, d’études globales et latino-américaines, Université
de Californie, Santa Barbara.
Observations au
7ème congrès annuel de la convention internationale Al-Awda,
coalition pour le droit au retour en Palestine (Garden Grove,
Califormia, 23 mai 2009)
|